Les huttes en paille sont désertes, des jarres de terre, certaines intactes, des restes de tissus jaunis, une chaussure traîne par-ci, par-là dans le village tchadien, presque fantôme, de Goz Merem à la frontière soudanaise.
Situé à 5 km du Wadi Kadja et du Darfour (Soudan), il a été abandonné. Ses quelque 1.500 habitants ont fui par peur des incursions de janjawids, nom par lequel les Tchadiens désignent à la fois les pilleurs venus de ce pays mais aussi les "coupeurs de routes" (bandits) et autres malfrats.
En poursuivant la route dans ce village d`ethnie massalite, une patrouille de l`Eufor, la force européenne déployée à l`est du Tchad et dans le nord-est de la Centra- frique, rencontre un vieillard en haillons et une vieille dame se déplaçant à l`aide d`un bâton, puis une rimbambelle d`enfants et trois jeunes femmes.
Après un an dans le camp de déplacés d`Arkoum, ils sont revenus habiter le village avant la saison des pluies et des semences.
Le 1er avril, le village était complètement inhabité, explique le capitaine François Bouffard du bataillon centre de l`Eufor, qui sillonne la région. "Quelques semaines plus tard, j`y ai trouvé des personnes âgées. Les villageois envoient les "vieux" en éclaireur. Une femme de son âge ne peut plus être violée, l`homme n`est plus une menace".
"Nous revenons car nous nous sentons plus protégés avec les militaires (de l`Eufor)", affirme Abdoulaye Ahamat Adoum, le vieillard qui n`a en fait que 58 ans. Les conditions de vie sont à l`évidence difficiles.