LA RÉVOLUTION AU SENS PREMIER DU TERME.

Sur la route à l’aller, nous avions croisé nombre de véhicules dont les conducteurs nous dissuadaient d’aller où nous allions. Car, disaient-ils, c’était en pure perte. ‘’Il n’est pas possible de voir Hama, les gardes ont reçu consigne que les gens apportent un permis de visite’’ ! Mais têtus comme tout, nous avions refusé de rebrousser chemin. Pendant que je faisais le tour de la prison pour me rendre compte de l’opacité des lieux, un de mes collègues a eu la malencontreuse idée de décliner notre profession. De fait, les visites qui commençaient pourtant à être filtrées nous avaient été interdites. Nous avions attendu dehors pendant près d’une heure de temps, sous la chaleur brûlante, après avoir fait un petit tour au village pour nous rincer l’oeil. De retour à la prison, pendant que nous faisions le pied de grue près de notre véhicule sous un arbre malingre, deux 4x4 aux vitres fumées s’amenèrent avec le repas du détenu. Nous y avons remarqué un plat de kopto*, ce qui nous a fait sourire. Ceux qui ont eu la chance de rencontrer le Premier ministre nous ont dit que ce dernier gardait le moral. Pour le séparer des malfrats, l’on lui a aménagé un hangar dans l’espace des gardiens à l’entrée de la cour. Il y disposerait d’un matelas, de draps et d’oreillets. De plus, il aurait un ventilateur sur pied et son téléphone portable ne lui est pas retiré même si la communication est mauvaise et si l’on devine qu’il est sur écoute. Hama est donc bel et bien au frais. Même si par ailleurs il n’a jamais dit qu’il avait chaud. Et Hama même aurait dit à qui voulait l’entendre, que c’est la meilleure prison dont on aurait pu le gratifier. M’enfin…