LA RÉVOLUTION AU SENS PREMIER DU TERME.

Et si Deby était traversé par un spasme de dialogue ? On se croirait dans un compte de mille et une nuits version tchadienne. La scène avait du charme, du piquant politique. « Après plusieurs mois de concertations et de négociations franches et sincères, les éléments fondamentaux du Rassemblement des Forces pour le Changement (RFC) et le gouvernement ont signé le 18 août dernier un accord de paix à Iriba. L’Etat-major du RFC a été reçu ce samedi par le Président de la République IDRISS DEBY ITNO. » Le site de la présidence tchadienne se bombe le torse.
Un pied de nez aux « rebelles ». Les thuriféraires du régime fustigent implicitement les mouvements armés anti-Deby. Le colonel Issak Becher Togou et une clique de soldats déserteurs du RFC sont ainsi encensés, affranchis de la rébellion, ils sont marqués du sceau des « élus », une strate politico-militaire invités au banquet d’Etat.
Grande pompe, projecteurs, médias d’Etat ; les traites sont arrivés au palais rose tambours battants. Le retour à la légalité. Thème politique accrocheur. Deby, par ces temps d’incertitude, sait par expérience que le mercure dans les mouvements politico-armés est à un seuil critique.
Tout y est passé : Promesse de juteux postes, espèces sonnantes et trébuchantes ; même le désormais célèbre criminel médiateur national y a mis du sien. Abderamane Moussa est dans une félicité bienveillante : Faire traverser le kroumir Becher n’a pas été une mince affaire. Un médiateur national ; ça doit avoir du tact. Et la légalité qui transpire de l’uniforme de Becher est un trophée.
Un mythe vient d’être brisé. Les tchadiens sont capables de surpasser leurs intérêts, les tchado-sceptiques doivent se mordre les doigts. Naïveté.
Idriss Deby Itno travesti les faits. Une certaine crème politico-militaire brille par l’affairisme, un nomadisme. D’une prairie à de verts pâturages, les lieutenants de Timan Erdimi, opèrent une migration vers l’acteur politique le plus offrant. Hier la rébellion, aujourd’hui les douceurs du pouvoir.
« Sauver la Patrie », mon œil ! Le colonel Becher se répand dans un patriotisme débordant. Deby, les bras ouverts, accueille ces « « fils prodiges ». Justice ; retour de l’ascenseur. Le maître des troupes du RFC reçoit les fruits de la profonde dissidence orchestrée au sein des rangs de Timan Erdimi. IDI sait se montrer généreux, les fonds occultes du pétrole servent à régler ce genre de factures.
Dans les couloirs présidentiels, les manipulations pré-gouvernement d’Union nationale se concoctent. Becher et Cie se frottent les mains.
Selon les diseurs de bonne aventure proches de N’djamena, les hauts gradés sortis du maquis seront appelés aux prestigieuses fonctions de la République.
Opportuniste. Stratège. Manipulateur. Deby exploite à fond le ralliement des « dissidents » légalistes. Les lauriers posés sur le front flétri du duo Diar-Becher interviennent tard. Le calendrier de Deby a ses subtilités. Les observateurs de la scène militaire tchadienne savent que les Itno avaient pris langue avec les « traites » avant les attaques de juin dernier. Aux premières heures des batailles d’Am-zouer, les coups de fils s’étaient accentués entre les lieutenants de Deby et le duo Diar-Becher.
Déstabilisation. Trahison. La feuille de route tracée par les Itno pour les « dissidents » visait à maintenir l’honneur de la soldatesque de N’djamena en déroute dans les affrontements éclairs à l’Est.
Becher et Cie étaient voués au saint des saints, le cénacle présidentiel. Le temps s’est écoulé, des mois se sont succédés. Deby s’est fait discret à l’égard des transfuges du RFC. L’épreuve de nerf.
L’onction présidentielle accordée au croulant soldat Becher et Diar, en cette veille d’hostilité d’octobre, est un appel de pied fait en direction des brebis qui peuplent encore les rangs de la rébellion.
IDI veut capitaliser politiquement la capitulation d’une faction du RFC.
Alors que l’Union des Forces pour le Changement et la Démocratie dessine le diable dans les rangs de la rébellion, les Itno veulent exploiter l’amalgame qui sature le climat au sein des mouvements armés.
Faut pas se leurrer, Deby n’est pas prêt à céder un pan de son pouvoir. La carotte et le canon, la recette du soldat Deby a fait ses preuves. Appelés à la table de la réconciliation, l'opposition tchadienne s'est laissée rouler dans la farine.
Le manège orchestré avec le « bouffons » légalistes est une poudre jetée aux yeux des illusionnistes, rêveurs affamés…
Par D.D de N’djamena-matin