LA RÉVOLUTION AU SENS PREMIER DU TERME.
Dans le tout- N’djamena administratif, c’est l’euphorie généralisée : Des you-yous, des valses d’applaudissements et de nouveaux puits de pétrole. Un saut quantitatif dans le giron select de l’OPEP. Idriss Deby, en personne, un peu comme pour le site de Doba, a tenu à injecter son geste de solennité dans la toute flambante raffinerie de Hadjer- Lamis. Avec un zeste d’orgueil, le maître de la pétro- dictature tchadienne a procédé le 26 octobre 2008 à la cérémonie de pose de la première pierre de la raffinerie à Djermaya, située à près de 40 km au nord de la capitale. Un gâteau personnel de plus !
Puits de tous les malheurs. Dans les faméliques cases de ce village aujourd’hui « maudit » par les coulées du pétrole, les populations sont quasi-unanimes : L’or noir extrait des entrailles de Hadjer- Lamis n’est pas au service du développement des populations riveraines. L’Association pour le Développement de la Sous-préfecture de N'Djamena-Fara a produit une expertise pointue sur les conséquences écologiques, sociologiques, économiques de l’implantation de cette raffinerie au milieu des terres des habitants de cette localité jusqu’ici sans histoire.
A se plaindre sans être écoutée, l’Association pour le Développement de la sous- préfecture de N’djamena- Fara s’est résolue à dresser une liste non exhaustive des malheurs qui s’abattent déjà sur les terres de Hadjer- Lamis dont le seul tort s’est d’être détentrice d’une richesse inestimable.
Au ministère en charge de l’environnement, ces « observations » de la société civile sont restées lettres mortes. Deby « n’a rien à foutre avec ces vœux pieux d’écologistes » confiait ostentatoirement un haut fonctionnaire. Rien de surprenant, dans la forme et la démarche, IDI ne reste fidèle qu’à une ligne boulimique. Les vives protestations des ONG sur le dossier de Doba n’avaient pas entamé l’euphorie pétrolière de Deby.
Avec une capacité annuelle de traitement d'un million de tonnes de
brut. "Chaque année, la nouvelle raffinerie produira environ 700.000 tonnes de l'essence et du gasoil, 20.000 tonnes du pétrole lampant et bien d'autres sous-produits tels que kérosène et polypropylène*", a annoncé Jiang Wen, directeur général adjoint de la Chinese National Petroleum Company Incorporation (CNPCI), qui détient 60% des investissements de la raffinerie. Fort de ces nouvelles performances, le Tchad prend un volume considérable dans le cercle fermé des pays producteurs du pétrole en Afrique. Mais à quel prix ?
La principale « plaie » à Hadjer- Lamis ; c’est la certitude que les pétro- dollars ne profiteront jamais aux autochtones de cette localité. Aucun exquise de projet économique n’a été jusqu’ici dressé par les « experts » venus de N’djamena. L’ombre des projets sociaux ne plane même pas encore dans l’esprit du consortium chinois ou le gouvernement alors que les premières coulées sont dès à présent consignées dans des feuilles de routes bien ficelées.
Deuxième « plaie » : Terres expropriées, domaines fonciers confisqués : Les habitants de cette localité sont meurtris dans leur âme. La terre, en Afrique, représente un lien ombilical avec la communauté des ancêtres. Au delà d’être chassés de leurs terres comme des malpropres, l’Etat n’a versé aucun radis aux riverains.
Troisième « plaie » : Les populations de cette région dont ont a confisqué les terres (06 villages au totales) n'ont rien vu comme sensibilisation sur ce projet dangereux contre l'environnement. L’hydrographie, la faune et flore ; les conclusions des « études d’impact » menées par les fonctionnaires sont toujours attendues. Or, le gouvernement a formulé l’ordre de quitter le site sans un plan de relogements ou de compensation !
Ce projet, dont les risques sont consignés dans une autre étude rendue publique par la société civile, est non seulement un danger pour le Hadjer- Lamis mais aussi pour N’djamena qui referme à plus de 15 % de la population tchadienne. Par conséquent, la Chinese National Petroleum Compagny Incorporation doit consulter, sensibiliser et dresser un plan de risque d'un déversement accidentel des hydrocarbures pour les populations locales qui ont été laissé entre la main de l’improvisation notoire des autorités tchadiennes.
Les habitants de Hadjer- Lamis et du Chari Baguirmi croupissent depuis
l'indépendance sous la misère. Il n'existe aucun programme de développement pour cette région riche en terre fertile et excellent d'élevage. Le pétrole vient en rajouter sur ce cycle de misérabilisme historique : Cinquième « plaie ».
La région est le principal champ pour les « manges – mil » ou administrateurs corrompus qui pillent et humilient ces paisibles autochtones avec la complicité des chefs des terres ou cantons qui ont peur de perdre leur autorité traditionnelle. C’est la région par excellence où le pouvoir déverse et régler ses haines tribales et viscéralement ethniques. Une « plaie » ouverte contre l’unité nationale. Qui en est l’artisan en chef ? Evidence politicienne : Deby et le cercle des Itno.
Les dommages qui seront causés par la raffinerie seront énormes. De la pollution de l'environnement, la faune et flore, aux violences interethniques et tribales causées par la perte d'une partie de la population de ses terres de pâturages et culture. Les sources d'eau naturelle que regorge la région, traversées par les oléoducs, seront impropres à la consommation et aux cultures.
Huitième « plaie ». Inaccessibilité de la localité du fait des installations électriques à haute tension. Hadjer- Lamis sera un camp « électrique », dépourvue de toute forme d’activité humaine. Pauvres bêtes en pâturages ! Elles seront électrocutées. D’ailleurs comme toute personne aux pas hasardeux. Les arbres vont être décimés, l'élevage quasiment impossible. Lorsque les animaux s'aventureront vers les mares d'eau pour se désaltérer, ils mourront plus tard car les cours d’eau seront pollués.
Catastrophes écologiques et environnementales. Le spectre d’un tsunami des vagues de marées noirâtres. La localité de Hadjer- Lamis est exposée aux risques de déversement accidentel du pétrole. Les risques de la pollution doivent nous rappeler les drames de la région d'Ogoni au Nigeria et de l’ « Erika » sur les côtes françaises et espagnoles.
Dixième « plaie » : Les revenus du pétrole de Hadjer- Lamis doivent servir à consolider le régime politique opaque et maffieux installé au Tchad. Ces vannes flambantes et à peine exploiter offrent une marge financière plus accrue à Deby pour l’achat massif des armes de guerres, un fond pour le marchandage politicien.
Englué dans le pétrole, Idriss Deby est l’incarnation des malheurs qui s’abattent sur le peuple tchadien. Comme dans les écrits sacrés, après le Logone et Chari changé en sang, l’invasion du cycle répétitif de la famine, les richesses dilapidés, une épaisse couche de ténèbres couvre le Tchad tout entier : Deby. « L’Exode » au sens historique, détachement de la tyrannie pharaonique, s’annonce.
Par A.K de N’djamena-matin