Mardi, le militaire du 2 e REI avait tué trois militaires et un civil.
« Nous sommes très heureux qu'il ait pu être récupéré vivant et sans qu'un nouveau drame ne soit à déplorer », confiait hier à Nîmes le colonel Durieux, chef de corps du 2 e REI, à l'annonce de l'arrestation du légionnaire qui a tué mardi trois militaires à Abéché, puis abattu un paysan. Après deux jours de cavale, sans doute vaincu par la soif, il a été interpellé en fin de matinée par la gendarmerie tchadienne à 10 km d'Abéché, « alors qu'il tentait de se ravitailler à un puits » , a affirmé une autorité locale . « Il était déguisé en civil lors de son arrestation à Arkou » , a indiqué le ministre de l'Intérieur tchadien Ahamat Bachir. Le soldat de 2 e classe, un Brésilien
de 27 ans dont le nom d'emprunt dans la Légion est Josafa da Silva, n'a pas opposé de résistance. « Il a été retrouvé physiquement épuisé, et a reçu à boire et à manger » , a confié de son côté le lieutenant-colonel François-Marie Gougeon, de l'état-major des armées françaises.
Difficile, le terrain autour d'Abéché est semi-désertique , il y fait plus de 40 degrés aux heures chaudes. « On leur apprend à résister dans des conditions difficiles et c'est probable qu'il puisse mieux les supporter qu'un jeune qui sort de l'université, mais ce n'est pas Rambo » , indiquait une source militaire. « Le soldat est entre les mains de la gendarmerie tchadienne » , a affirmé le ministre tchadien de l'Intérieur, ajoutant que N'Djamena allait « étudier » les conventions signées avec la France et l'Eufor pour déterminer si le légionnaire doit être remis à la France ou jugé au Tchad. Côté français, on estime qu'il sera « jugé en France par le Tribunal aux armées, seule autorité judiciaire compétente pour juger un militaire français accusé de crime et délit commis à l'étranger » . Au 2 e REI de Nîmes, le colonel Durieux se montrait très prudent sur les circonstances qui ont conduit ce soldat à abattre deux de ses camarades et un soldat togolais, avant de tuer un paysan pour lui dérober son cheval.
Le colonel Durieux n'y voit pas pour l'heure autre chose qu'un « coup de folie ». Il n'envisage pas qu'une tentative de désertion depuis le camp de l'Etoile, où 150 légionnaires nîmois sont stationnés depuis la mi-mars, soit à l'origine d'un tel enchaînement tragique. Lors d'une mission en août 2008 à Djibouti, ce légionnaire avait pourtant disparu pendant trois jours. Cette affaire tchadienne pourrait en tout cas donner lieu, selon le colonel Durieux, à « une enquête extrêmement approfondie », avec un volet interne au 2 e REI. Après la fugue de Djibouti, sanctionnée par 30 jours d'arrêt, ce soldat avait été changé de compagnie, puis à nouveau reconnu apte pour une nouvelle mission sur un théâtre étranger. « L'encadrement de sa section trouvait qu'il était à nouveau dans une bonne dynamique », rapporte le colonel Durieux. L'une de ses victimes, le sergent D., 31 ans et père de famille à Nîmes, faisait précisément partie de cet encadrement. Pour l'heure, la date du rapatriement des corps des deux légionnaires abattus n'est pas encore connue .