LA RÉVOLUTION AU SENS PREMIER DU TERME.
S'exprimant à la session de clôture du 9e sommet, le président camerounais Paul Biya a fait état d'avancées dans la recherche de l'efficacité des institutions communes, dont la consolidation du processus de mise en circulation du passeport CEMAC et de renforcement de la liberté de circulation des ressortissants des Etats membres.
Selon le nouveau président en exercice de cette organisation, le président centrafricain François Bozizé, le passeport CEMAC est l'un des sujets inscrits parmi les dossiers prioritaires immédiats de son mandat.
S'adressant aux dirigeants présents dans la capitale camerounaise, le président de l'Union des patronats d'Afrique centrale (UNIPAC) André Siaka a déclaré que le secteur privé sous- régionale salue fortement la décision des chefs d'Etats de la communauté de mettre effectivement en oeuvre le principe de la libre circulation des personnes et des biens.
Le passeport Cemac, un des projets favorisant la circulation des personnes dans la zone Cemac et donc l'intégation de la sous- région, a été adopté en juillet 2001 par une réunion ministérielle de la CEMAC. Sa mise en circulation a été successivement prévue en 2003 et en juillet 2007.
En janvier 2003, les premiers carnets du passeport ont été remis aux chefs d'Etat et de gouvernement lors de leur 4e sommet à Libreville. Une mission du secrétariat exécutif s'est ensuite rendue dans les Etats membres pour déposer 400 spécimens par pays, dont 200 pour les passeports ordinaires, 100 pour les passeports de service et 100 pour les passeports diplomatiques.
En juin 2007, le président de la Commission de la CEMAC (organe exécutif), Antoine Ntsimi, a déclaré que le passeport commun était disponible et que les textes relatifs à la libre circulation sont en place.
"Il suffit maintenant de passer de la parole à l'acte", a-t-il dit, rappelant que sur les six Etats membres, quatre pratiquent plus ou moins déjà la libre circulation. Il s'agit du Cameroun, du Congo, da la République centrafricaine et du Tchad.
D'après M. Ntsimi, le Gabon et la Guinée équatoriale préfèrent "une phase progressive" au niveau des deux autres Etats, mais les deux Etats "sont déterminés à ne pas rester en marge" et "sont prêts à ouvrir leurs frontières".
Le Gabon et la Guinée équatoriale considère la libre circulation des personnes comme une question d'une extrême sensibilité, nécessite au préalable de sécuriser leurs ressortissants.
"Il faut à tout prix une garantie de sécurité avant de légaliser le passeport CEMAC au Gabon. Car, la liberté sans la sécurité est non applicable... En rappel, il y a eu 600 Gabonais qui furent arrêtés en France l'an passé (2006) pour faux papiers, mais il n'y avait que huit vrais Gabonais", avait noté en septembre 2007 le conseiller juridique du ministre d'Etat gabonais en charge de l'Intérieur, de la Sécurité et de l'Immigration, Gervais Ndong.
De l'avis de Joseph Vincent Ntuda Ebodé, chef du Centre de recherches d'études politiques et stratégiques de l'Université de Yaoundé II, ces pesanteurs qui rendent difficile l'intégration dans l'espace CEMAC tiennent au fait que cette région est plutôt " une zone de forêt, où chaque personne, conquiert, hache à la main, sa parcelle de terrain et se sent par rapport à ce terrain comme le propriétaire unique, c'est-à-dire qu'elle y manifeste un attachement indélébile".
"Cet attachement explique le sentiment selon lequel les pays pensent qu'il n'est pas bon que n'importe qui vienne se balader sur leur espace vital", a-t-il dit.
Par ailleurs, ajoute-t-il, "dans cette zone d'Afrique centrale, tous les pays n'ont pas la même population. Et certains craignent d'être envahis par d'autres. Notamment, les deux pays qui ont la plus faible population, à savoir le Gabon et la Guinée équatoriale, sont également les deux qui résistent au maximum à cette possibilité de la libre circulation des biens et des personnes".
Ntuda Ebodé évoque également des raisons économiques. Le Cameroun "domine de manière assez particulière les autres pays, aussi bien d'un point de vue démographique que d'un point de vue économique" et contrôle au minimum 40% des richesses de la sous- région.
Pour les autres pays, une libre circulation des biens et des personnes signifie pour leurs économies "une domination du Cameroun par rapport à ses services et à ses biens, mais aussi une installation du Cameroun sur leur propre territoire", a estimé le politologue camerounais.
Ntuda Ebodé a toutefois souligné que tous ces obstacles seront levés.
"L'intégration est même déjà une réalité palpable. Lorsqu'on fait la balance, on va quand même se rendre compte que la CEMAC a un bilan globalement positif. En dehors de l'Afrique de l'Ouest, c'est la seule région en Afrique qui dispose d'une monnaie unique", a-t-il dit, évoquant aussi l'assurance et l'immatriculation des voitures "harmonisées" et le même système LMD (licence, master, doctorat).