
Le Pakistan est sous le choc. L'attentat au camion piégé qui a frappé samedi soir l'hôtel Marriott, symbole de présence étrangère dans le pays, a fait au moins 60 morts et près de 200 blessés. La démonstration sanglante apportée par les terroristes de leur capacité d'action intacte n'entame en rien la détermination du président Zardari d'"éradiquer le cancer du terrorisme".
"Je n'ai pas compris ce qui se passait. Il y a eu un grand bruit et tout est devenu noir. J'ai vu des gens en sang. Tout tait sens dessus dessous. La pièce dans laquelle je me trouvais était complètement détruite. Plus de table, plus de chaises, plus de vitres, en fait plus rien. Je suis sorti, j'ai vu un véhicule en feu et alors j'ai compris que c'était un attentat." L'employé du Marriott, l'un des deux plus grands hôtels d'Islamabad détruit hier dans un attentat au camion piégé, en tremble encore. Et tout un pays avec lui. Pourtant confronté depuis des mois à des attaques perpétrées par des combattants islamistes proches d'Al-Qaïda et des talibans, le Pakistan n'avait jamais connu un tel traumatisme. "C'est le 11-Septembre du Pakistan !" s'est écrié à la télévision le rédacteur en chef du journal Daily Times.
La détonation a été si puissante qu'elle a soufflé les vitres de bâtiments à un kilomètre à la ronde. Selon un bilan provisoire, l'attentat a fait au moins 60 morts et quelque 200 blessés. Des femmes, des enfants et des étrangers (dont un ressortissant américain) qui fréquentent en nombre cet établissement de luxe, équipé d'une piscine et de plusieurs restaurants, figurent parmi les victimes. Et le bilan devrait s'alourdir : de nombreuses personnes étaient, hier soir, encore coincées dans l'hôtel. "Il y avait beaucoup de monde à la cuisine et beaucoup de convives dans les restaurants, confiait un cuisinier. Je ne sais pas ce qu'ils sont devenus." De nombreux policiers craignaient que l'édifice ne s'effondre.
Les ambulances par dizaines, peinant à se frayer un passage
Devant le bâtiment, on a assisté à des scènes d'horreur et de panique. Des gens avançant, hagards, entre les carcasses de voitures et les arbres arrachés. D'autres assis, comme pétrifiés, les vêtements et le visage en sang. D'autres encore, pleurant en silence. Les ambulances par dizaines, peinant à se frayer un passage au milieu de la foule très choquée. Tandis que les secouristes sortaient les premiers corps des décombres, le feu commençait à prendre dans les chambres. De nombreux diplomates étrangers sont venus aux nouvelles : le bâtiment héberge de nombreux employés des ambassades. Près du cratère de l'explosion, l'un d'eux, visiblement ébranlé, rappelait qu'en juin dernier, "c'est l'ambassade du Danemark qui était attaquée. Et trois mois avant, un restaurant fréquenté par les étrangers sautait". Islamabad était depuis quelques jours en état d'alerte mais cela n'aura pas suffi. "La sécurité avait été renforcée depuis un an et demi, après le dernier attentat contre l'hôtel", précise un journaliste.
Des gardes effectuaient des fouilles sur tous les véhicules et de lourdes barrières avaient été placées à l'entrée du bâtiment. En vain. Pour de nombreux observateurs, il ne fait aucun doute que l'attentat visait à déstabiliser le nouveau pouvoir pakistanais, deux semaines après l'élection du président Asif Ali Zardari. "Cela fait partie d'une campagne plus vaste pour montrer que le nouveau gouvernement est incapable de maintenir la sécurité dans le pays et que les extrémistes peuvent frapper où et quand ils veulent", analyse Marvin Weinbaum, ancien spécialiste du Pakistan au département d'Etat américain. Hier soir, tout le pays a été placé en état d'alerte maximale et le président Zardari a promis que l'attentat-suicide n'entamerait pas sa volonté de lutter contre les "terroristes" proches d'Al-Qaïda.
"Le gouvernement continuera de combattre le terrorisme et l'extrémisme sous toutes ses formes et ses manifestations. De tels actes ignobles ne peuvent entamer la détermination du gouvernement à lutter contre cette menace", a-t-il déclaré dans un communiqué. Quelques heures avant l'attaque, Asif Ali Zardari avait prononcé un discours très ferme devant le Parlement pakistanais. Il avait notamment affirmé que la lutte contre le terrorisme - dont il a lui-même été une victime directe lorsque sa femme, Benazir Bhutto, a été assassinée, le 27 décembre 2007 - constituait une priorité.
"Personne n'a de solution contre le terrorisme"
Depuis 2007, le terrorisme au Pakistan a fait près de 1 500 morts. Selon un diplomate en poste dans la capitale, "les taliban établis dans les zones tribales, sur la frontière avec l'Afghanistan, s'en prennent depuis plus d'un an directement aux autorités pakistanaises. Un dialogue a bien été amorcé, il y a quelques mois, mais ça n'a rien donné. La situation est de plus en plus tendue, notamment depuis que les troupes américaines ont commencé à pénétrer sur le territoire pakistanais, depuis l'Afghanistan, afin de pourchasser les taliban." L'armée pakistanaise déploie 80 000 hommes sur la frontière. "Elle affirme que plusieurs centaines d'islamistes ont été supprimés, poursuit le diplomate, mais ça ne sert à rien. Pour le moment, personne ici n'a de solution contre le terrorisme."
source:lejdd