Ça n’a peut-être pas été une révolution, mais au vu des pesanteurs dont souffre la sous-région, on peut dire que, la 9e conférence des chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale qui s’est achevée le 25 juin dernier à Yaoundé, la capitale camerounaise, a permis de poser quelques actes dans le sens du renforcement sinon de l’intégration, du moins de la solidarité sous-régionale. Réunis à Yaoundé les 24 et 25 juin 2008, les Chefs d’Etat du Cameroun, de Centrafrique, du Congo, du Gabon, de Guinée Equatoriale et le Premier ministre tchadien ont vigoureusement condamné les attaques répétées et les tentatives de déstabilisation dont le régime tchadien est de manière récurrente victime. Ils ont exhorté la communauté internationale à résoudre la crise du Darfour dans ses racines et invité à l’élargissement des missions de la MINUAD, de l’EUFOR et de la MINURCAT pour une prise en charge totale de la sécurité aux frontières Tchad-Soudan-Centrafrique. Ils ont décidé d’apporter leur soutien au président, au gouvernement et au peuple tchadiens. Mieux, ils ont décidé d’apporter une assistance financière et matérielle en vue d’aider le Tchad à sortir de ce conflit aux conséquences régionales évidentes. Si la rencontre de Yaoundé ne s’était achevée que sur cette seule résolution, on pourrait dire qu’elle ne s’est pas tenue pour rien. L’observateur était en effet curieux de voir l’Afrique centrale réagir face à ce qu’il est convenu d’appeler agression d’un pays frère. Il ne s’agit pas seulement de prendre les armes pour combattre aux côtés de l’armée tchadienne, les rebelles et ceux qui se cachent derrière eux. On voulait voir la sous-région prendre clairement position et, pourquoi pas, aider les différents protagonistes à rechercher une solution négociée. Yaoundé a, de ce point de vue, constitué une étape déterminante. Le Tchad n’est d’ailleurs pas seul concerné par ces questions de paix. En Centrafrique aussi, la stabilité politique n’est pas totalement acquise. La conférence de Yaoundé, tout en se félicitant des résultats obtenus dans ce pays par la Force multinationale de la Cemac, a décidé de transférer cette force à la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Ceeac), une entité plus grande que la Cemac. De la même manière, il y a lieu de saluer la réunion tripartite Cameroun-Tchad-Centrafrique tenue en lever de rideau de la conférence de la Cemac qui a abordé l’épineuse question de la criminalité transfrontalière. Il est clair que les questions de paix et de sécurité deviennent de plus en plus préoccupantes pour la Cemac, notamment dans sa partie nord où grand banditisme, assassinats et prises d’otages sont légion. Il est urgent qu’une solution y soit apportée. On comprend alors que M. François BOZIZE, Président centrafricain et Président entrant de la Cemac, ait placé son mandat sous le signe de la lutte contre l’insécurité. En effet sans sécurité et sans paix, il serait illusoire de parler de libre circulation des hommes et des biens pour laquelle la conférence de Yaoundé était très attendue. Véritable tendon d’Achille, cette question ne semble pas encore avoir trouvé réponse. Par ailleurs l’impression qui se dégage est que les mentalités ne sont pas tout à fait prêtes à admettre une vie en communauté véritable. L’institution d’une « journée Cemac » le 16 mars de chaque année pourra-t-elle y changer quelque Chose ? Seul le temps nous le dira. Des dossiers en suspens On peut se féliciter qu’un certain nombre de routes intégratives voient progressivement le jour dans la sous-région, reliant le Cameroun au Gabon, à la Guinée Equatoriale et au Tchad. Par ailleurs un pays comme le Congo ne pose plus de problème de visa aux ressortissants de la sous-région, et entre le Tchad, le Cameroun et Centrafrique, on observe une certaine fluidité. Mais force est cependant de constater que certains pays préfèrent encore évoluer dans une espèce de « ghettos » économiques. Ici on assimile la libre circulation des hommes et des biens à la volonté de certains d’envahir les autres. D’où une attitude de méfiance. Et c’est pour cette raison que le passeport Cemac intervient comme un préalable. Un obstacle pour certains. La délivrance de cette pièce est en effet chaque fois différée. A Yaoundé, les Etats membres ont obtenu un délai supplémentaire de 18 mois pour la mise en circulation de ce document qui devrait servir de carte d’identité et permettre à son détenteur de circuler librement, sans visa dans tous les pays de la Cemac. Pourvu que certain Etat, très soucieux de sa souveraineté, ne vienne entre temps trouver un prétexte pour s’y opposer. Pour les mêmes raisons, il faudrait être franchement optimiste pour espérer voir la compagnie aérienne communautaire, Air Cemac, prendre son envol, dans la mesure où chaque Etat tient à avoir sa petite compagnie, bien que le marché soit des plus étroits. A Yaoundé, on s’est contenté de demander qu’il soit proposé des voies et moyens permettant d’assurer les dessertes régulières du réseau intra-Cémac et de la Communauté vers l’extérieur. Les compagnies existantes pourraient être mises à contribution pour assurer la desserte des capitales et des principales villes des Etats de la Communauté. Autant dire que pour Air Cemac, il faudra encore attendre. Dans ce contexte, les importantes réformes structurelles engagées, l’adoption du Traité révisé, la convention régissant l’Union économique de l’Afrique centrale, la Convention régissant l’Union monétaire de l’Afrique centrale et la convention régissant le Parlement communautaire, ainsi que la nomination des différents responsables à la Commission de la Cemac, etc., ne pourront avoir qu’un effet limité. Il en est de même du programme économique régional (Per) en cours d’élaboration qui ne manquera pas de souffrir des égoïsmes des Etats. La preuve, pour faire face à la grave pénurie alimentaire qui frappe le monde et la sous-région, l’on s’en est remis au bon vouloir des Etats, la Cemac n’ayant pas été capable d’adopter une position commune. Dans nombre d’autres domaines, la Cemac avance. Heureusement. Mais comment résister à la tentation de la comparaison ? Comment ne pas saluer le fait qu’on puisse, en Afrique de l’Ouest, partir pratiquement du Sénégal au Nigeria sans aucun obstacle ? Ne serait-il pas profitable pour tous les pays de la sous-région qu’un touriste qui a obtenu son visa pour le Tchad par exemple, puisse de ce fait avoir la possibilité de voyager à travers le Cameroun, Centrafrique, le Congo, le Gabon et la Guinée Equatoriale ? Lequel des pays que compte la sous-région est-il en mesure de se développer tout seul ? L’intégration reste et demeure pour tous la seule planche de salut.